L'analyse thématique d'entretiens : la méthode complète, du verbatim à la grille
Analysez votre texte — gratuitement
Les 1 500 premiers mots sont gratuits, sans compte. Chaque verdict indique à quelle fréquence il se trompe sur des textes dont on sait qu'ils ont été écrits par une personne — un chiffre qu'aucun autre détecteur ne publie.
Nous construisons un espace de rédaction : votre document Word ou LaTeX, vos PDF à côté, et un assistant qui ne peut citer que ce qui s'y trouve réellement — le découvrir et être prévenu.
La réponse courte
Une analyse thématique consiste à découper vos entretiens en extraits porteurs de sens, à attribuer un code à chacun, puis à regrouper ces codes en thèmes qui répondent à votre problématique. Elle se déroule en six phases : se familiariser avec le corpus en le relisant intégralement ; coder ligne à ligne sans chercher encore à organiser ; regrouper les codes en thèmes candidats ; vérifier ces thèmes en revenant aux extraits ; les nommer et les définir précisément ; puis rédiger en articulant vos thèmes avec des verbatims. La rigueur ne vient pas d’un logiciel : elle vient d’une grille de codage écrite, d’un journal des décisions et d’un retour systématique aux extraits. Comptez 5 à 8 entretiens en licence, 10 à 20 en master, et arrêtez quand les entretiens supplémentaires n’apportent plus de code nouveau.
La suite déroule la méthode complète, du fichier audio au chapitre résultats.
Analyse thématique, analyse de contenu : qui suivre ?
On vous a probablement dit de faire « une analyse thématique » sans vous dire de qui. Trois traditions circulent dans les mémoires francophones, et elles ne sont pas interchangeables dans une bibliographie.
- L’analyse de contenu (Bardin). La plus enseignée en France. Corpus découpé en unités, catégorisation, et souvent un comptage des occurrences. Trois temps canoniques : préanalyse, exploitation du matériel, traitement et interprétation.
- L’analyse thématique (Paillé et Mucchielli).Très présente au Québec et de plus en plus en Europe francophone. Le « thème » y est l’unité de travail, et l’analyse se construit par thématisation continue ou séquenciée.
- Les six phases de Braun et Clarke.Anglophone, arrivée par les cours de méthodologie en anglais. C’est la procédure la plus explicite et la plus facile à exécuter, ce qui explique son succès.
Ce qui est jugé n’est pas votre choix, c’est que vous en fassiez un, explicitement, avec une référence, et que votre pratique corresponde à ce que vous annoncez. La procédure ci-dessous suit les six phases parce qu’elles s’exécutent sans ambiguïté ; elle se combine sans difficulté avec un vocabulaire à la Bardin si votre département le préfère.
Avant de coder : transcrire et anonymiser
Le codage suppose un corpus propre, et cette étape est presque toujours sous-estimée dans les plannings: une heure d’entretien demande quatre à six heures de transcription manuelle.
- Décidez du niveau de transcription. Intégrale avec les hésitations, les silences et les rires si votre analyse porte aussi sur la manière de dire ; nettoyée si seul le contenu compte. Annoncez ce choix en méthodologie.
- Numérotez les lignes.C’est ce qui vous permettra de renvoyer précisément à un extrait, et de le retrouver six semaines plus tard.
- Anonymisez dès la transcription, pas après. Prénoms, noms d’entreprise, lieux, détails identifiants remplacés par des étiquettes cohérentes. Gardez la table de correspondance hors du document de travail.
- Vérifiez ce que fait votre outil de transcription automatique.Si vous téléversez des enregistrements contenant des propos identifiants, regardez ce que le service conserve et pour combien de temps. C’est une obligation à laquelle vous vous êtes engagé dans votre formulaire de consentement.
Les six phases, en pratique
- Familiarisation.Relisez chaque transcription en entier sans coder, en notant vos impressions dans un carnet. Ces notes deviendront votre journal d’analyse, et elles sont ce que vous présenterez si l’on vous demande comment vous avez procédé.
- Codage initial. Parcourez le corpus extrait par extrait et attribuez à chacun un code court et descriptif — « peur de déranger le supérieur », « contournement de la procédure », « fierté du travail bien fait ». Codez large : à ce stade, cinquante à cent codes sur dix entretiens est normal. Un même extrait peut recevoir plusieurs codes.
- Recherche de thèmes.Regroupez les codes qui parlent du même phénomène. C’est le moment où l’on étale les codes sur une table ou un tableau : les rapprochements deviennent visibles quand on les voit tous ensemble.
- Vérification.Deux contrôles. Les extraits d’un même thème sont-ils réellement cohérents entre eux ? Et le jeu de thèmes rend-il compte de l’ensemble du corpus, pas seulement des passages qui vous arrangent ? Cherchez activement le cas divergent— celui qui ne rentre pas. Le traiter est ce qui distingue une analyse d’une illustration.
- Définition et dénomination.Chaque thème reçoit un nom et une définition d’une ou deux phrases, avec ce qu’il inclut et ce qu’il exclut. Un thème qu’on ne peut pas définir en deux phrases est en réalité deux thèmes.
- Rédaction. Voir plus bas : le chapitre résultats présente les thèmes, pas les entretiens.
Construire la grille de codage
La grille est le document qui rend votre analyse vérifiable. Elle contient pour chaque code : son nom, sa définition, un critère d’inclusion, un critère d’exclusion, et un extrait de référence.
Trois façons de la construire, à annoncer explicitement :
- Déductive— les catégories viennent de votre cadre théorique et sont définies avant le codage. Adaptée quand vous testez l’applicabilité d’un modèle existant.
- Inductive — les codes émergent du corpus. Adaptée à un travail exploratoire.
- Mixte — le cas le plus fréquent en mémoire : quelques catégories issues de la revue de littérature, complétées par ce que le terrain fait apparaître.
La grille finale va en annexe. C’est une des annexes qu’un jury ouvre réellement.
Combien d’entretiens, et la saturation
La saturationest atteinte quand un entretien supplémentaire n’apporte plus de code nouveau. Elle ne se décrète pas : on la constate, et on la documente.
La façon la plus simple de le montrer est un petit tableau indiquant, pour chaque entretien dans l’ordre chronologique, le nombre de codes nouveaux qu’il a produits. La courbe s’aplatit, et cela se voit. Une phrase du type « la saturation a été atteinte au dixième entretien, les deux suivants n’ayant produit aucun code nouveau » vaut beaucoup mieux qu’une affirmation générale.
Si vous n’avez pas atteint la saturation — faute de temps ou d’accès — dites-le en limites plutôt que de le taire. C’est une limite ordinaire ; la dissimuler est autre chose.
Ce qui rend l’analyse défendable
Une analyse qualitative n’est pas moins rigoureuse qu’une analyse quantitative, mais sa rigueur se démontre autrement.
- Le journal d’analyse.Un fichier daté où vous notez chaque décision : ce jour-là, tel code a été fusionné avec tel autre, pour telle raison. C’est ce qui répond à la question « comment êtes-vous arrivé à ces thèmes ? ».
- Le double codage.Faites coder deux ou trois entretiens par un camarade avec votre grille, comparez, discutez les écarts. Même sans calcul d’accord inter-codeurs, la mention de cette procédure change la perception de votre travail.
- Le recodage différé. Recodez un entretien deux semaines plus tard et comparez avec votre premier passage. Les écarts vous disent quelles définitions sont floues.
- La réflexivité.Une demi-page où vous dites ce que votre position — étudiant, ancien salarié du secteur, proche du milieu étudié — a pu faire voir et faire manquer. Ce n’est pas un aveu de faiblesse : c’est attendu en qualitatif.
- Le cas divergent, traité et non écarté.
Rédiger le chapitre résultats
Structurez par thèmes, jamais entretien par entretien. Un chapitre organisé en « Entretien 1, Entretien 2, Entretien 3 » n’est pas une analyse, c’est un compte rendu.
Chaque section de thème suit à peu près cette forme :
- une phrase qui énonce le thème et ce qu’il recouvre ;
- l’étendue, en effectifs bruts : « sept des douze personnes interrogées l’évoquent spontanément » — jamais en pourcentages ;
- un ou deux verbatims choisis parce qu’ils sont représentatifs, pas parce qu’ils sont frappants ;
- votre lecture de ce que l’extrait montre ;
- les nuances et le cas divergent.
Chaque verbatim est suivi d’un identifiant anonymisé avec le contexte utile : « … » (Entretien 4, infirmière, service de nuit, 12 mars 2026). Et gardez la comparaison avec la littérature pour la discussion : dans les résultats, on rapporte. La frontière est la même que dans n’importe quel plan de mémoire de master, et c’est le reproche le plus fréquent des jurys.
NVivo, Excel, et la question de l’IA
Pour dix à quinze entretiens, un tableur suffit : une ligne par extrait, colonnes entretien, ligne, verbatim, code, thème, remarque. Les filtres font le reste. Au-delà, NVivo ou Atlas.ti facilitent les requêtes croisées ; Taguette est gratuit et libre, et convient à un mémoire. Aucun de ces outils ne code à votre place, et mentionner NVivo n’améliore pas une note.
Sur l’usage d’un modèle de langage pour coder : c’est tentant, et cela pose deux problèmes distincts. Le premier est de confidentialité— vos verbatims contiennent des propos de personnes qui ont consenti à une recherche, pas à un téléversement vers un service tiers ; si vous envisagez cet usage, l’anonymisation préalable n’est pas optionnelle et votre formulaire de consentement doit le permettre. Le second est méthodologique : le codage estl’analyse. Déléguer le codage revient à déléguer le cœur du travail que le mémoire est censé démontrer, et un jury s’en aperçoit en posant deux questions sur une définition de code.
Ce qui est défendable : demander une reformulation d’une définition de code que vous avez écrite, ou une aide linguistique. Dans tous les cas, déclarez l’usage si votre établissement l’exige — voir comment citer ChatGPT.
Les erreurs qui se paient en soutenance
- Le chapitre organisé par entretienau lieu de l’être par thème.
- Les verbatims sans analyse. Trois citations à la suite et un « on voit donc que » : la citation illustre, elle ne démontre pas.
- Les pourcentages sur douze personnes. Donnez des effectifs.
- Des thèmes qui sont les questions de votre guide d’entretien.Si vos thèmes reproduisent votre grille de questions, vous n’avez pas analysé, vous avez classé.
- Une méthode annoncée qui n’est pas celle appliquée.Citer Bardin en méthodologie puis conduire une analyse thématique inductive est immédiatement repéré.
- Aucune grille en annexe.Sans elle, l’analyse est invérifiable, et l’invérifiable se défend mal.
Un dernier point avant le dépôt. Les chapitres de méthodologie qualitative sont très codifiés, donc parmi les plus souvent signalés par un détecteur d’IA, même intégralement rédigés de votre main : ce que cela veut dire, et ce qu’il faut en faire, est expliqué dans un détecteur a signalé mon mémoire. Nos taux d’erreur mesurés portent sur l’anglais et l’allemand, pas encore sur le français ; tant que cette mesure n’existe pas, le verdict français reste plafonné et n’affiche jamais « forte probabilité ».
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre analyse thématique et analyse de contenu ?
L'analyse de contenu, dans la tradition de Laurence Bardin, est plus systématique et souvent partiellement quantitative : on découpe le corpus en unités, on les classe dans des catégories définies à l'avance ou construites, et on compte les occurrences. L'analyse thématique cherche des motifs de sens transversaux, sans nécessairement compter, et assume une part d'interprétation. En pratique, beaucoup de mémoires mélangent les deux : la question n'est pas de choisir le bon camp, mais de décrire précisément ce que vous avez fait.
Combien d'entretiens faut-il pour un mémoire ?
Un ordre de grandeur admis : 5 à 8 entretiens pour un mémoire de licence, 10 à 20 pour un master, davantage si votre population comporte des sous-groupes à comparer. Mais le critère revendiqué en qualitatif n'est pas le nombre, c'est la saturation — le moment où les entretiens supplémentaires n'apportent plus de code nouveau. Dix entretiens analysés en profondeur valent mieux que trente survolés, et cela se voit immédiatement à la lecture.
Faut-il coder à la main ou avec un logiciel ?
Pour dix à quinze entretiens, un tableur suffit largement : une ligne par extrait, avec les colonnes entretien, ligne, verbatim, code, thème. Au-delà, un logiciel comme NVivo, Atlas.ti ou le gratuit Taguette fait gagner du temps sur les requêtes croisées. Le logiciel ne code pas à votre place et n'ajoute aucune scientificité : un mémoire n'est jamais mieux noté parce qu'il mentionne NVivo.
Faut-il compter les occurrences des thèmes ?
Avec prudence. Écrire « 7 des 12 personnes interrogées mentionnent la charge administrative » est acceptable et utile pour donner du poids. Écrire « 58 % des interviewés » ne l'est pas : sur douze entretiens non représentatifs, un pourcentage suggère une généralisation que votre échantillon ne permet pas. La règle simple : donnez des effectifs bruts, jamais des pourcentages, et ne généralisez pas au-delà de votre corpus.
Comment citer un extrait d'entretien dans le mémoire ?
Entre guillemets ou en bloc détaché, suivi d'un identifiant anonymisé qui apporte le contexte utile : « … » (Entretien 4, infirmière, service de nuit, 12 mars 2026). Les entretiens que vous avez réalisés ne figurent pas en bibliographie, puisque personne ne peut les consulter : ils sont décrits dans la méthodologie et les transcriptions vont en annexe, anonymisées.
Analysez votre texte — gratuitement
Les 1 500 premiers mots sont gratuits, sans compte. Chaque verdict indique à quelle fréquence il se trompe sur des textes dont on sait qu'ils ont été écrits par une personne — un chiffre qu'aucun autre détecteur ne publie.
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