IA et plagiat à l'ESCP : la règle est publique, et elle est détaillée
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La réponse courte
À l’ESCP, l’IA générative est autorisée, mais tout usage doit être approuvé par l’enseignant, déclaré explicitement, et documenté — prompts conservés compris. C’est l’une des rares grandes écoles françaises à publier ses règles plutôt qu’à les garder derrière un identifiant, ce qui rend cette page possible.
Une précision de méthode, parce qu’elle compte pour lire la suite : la position et les guidelinessur l’IA sont des documents de l’école entière. La procédure disciplinaire détaillée plus bas est celle du campus de Londres(version 2.0, approuvée en juillet 2025), qui relève du régulateur britannique. Nous le signalons à chaque fois : ce n’est pas une règle française.
La position de juillet 2025
Le document de référence est la Global Position on Generative AI de l’ESCP, daté de juillet 2025. Il pose une architecture à trois niveaux qu’il faut comprendre dans le bon ordre :
- L’écolefixe le cadre et s’aligne sur le règlement européen sur l’IA, avec une approche par les risques. Elle s’interdit d’ailleurs à elle-même certaines choses : « ESCP prohibits any use of AI to autonomously assign grades, select applicants, or influence academic progression without human review and validation. » Aucune note, aucune admission, aucun passage d’année décidés par une machine sans validation humaine.
- Les programmesassurent la cohérence, et les politiques — « whether restricting, selectively allowing, or fully integrating GenAI » — doivent être clairement communiquées.
- Les coursdécident. « Faculty determine how GenAI is used in their teaching. Course syllabi must state what is permitted. »
D’où la conséquence pratique, écrite dans le même document : « students must check what is authorised in each course and follow the rules. Misuse of GenAI is treated as academic misconduct. » Votre syllabus est la norme. Pas la position générale, pas ce que fait votre promo.
Déclarer, et conserver les prompts
Les Guidelines of the use of GenAIdestinées aux étudiants sont le texte qui vous engage au quotidien. Elles ne sont pas hostiles à l’outil — « we highly recommend exploring the valuable uses of these tools » — mais elles tracent une ligne nette.
Le principe :
« AI-generated content will not be recognised as the student’s own original scientific work. Adoption of this content without reference to its origin will be interpreted as academic misconduct. »
L’étendue de l’obligation de déclarer, qui est plus large que ce que la plupart des étudiants imaginent :
« The use of generative AI tools shall be explicitly stated, whatever the use - for instance generating text, improving an existing text, translating a text, analysing data, etc. » […] « If a generative AI tool has been used, then all or part of the document has not been produced by the student. If this is not explicitly stated, this is a fraud. »
Reformuler vos propres phrases compte. Traduire compte. Faire analyser des données compte. La déclaration se fait dans les références, avec un exemple fourni par l’école : « the summary in Section 2 was generated using ChatGPT (OpenAI, 2025). Prompt: “Summarise key trends in consumer behaviour.” »
Et l’obligation de traçabilité, qui est la vraie particularité :
« All prompts must be saved when using generative AI-tools » […] « Students should document their use of generative AI tools in order to be able to prove their academic integrity. Prompts used should be kept. If generative AI tools are used to improve a draft document, this draft should be kept. »
Lisez la première phrase de cette dernière citation comme ce qu’elle est : une protection. L’école vous dit par écrit que votre documentation est ce qui prouve votre intégrité. Elle ajoute d’ailleurs que vous pouvez être appelé à vous expliquer — « they may be asked to explain how AI contributed to their assignments ». Un historique de versions daté, gardé depuis le premier jour, est la seule chose qui répond à cette question. Nous détaillons la marche à suivre dans un détecteur a signalé mon mémoire.
Sur la rédaction de la déclaration elle-même, notre guide de la déclaration d’utilisation de l’IA correspond à ce que l’ESCP demande.
Grammarly et DeepL : l’exception, et sa limite
C’est le passage le plus utile du texte et le plus mal compris. Sont exemptés de la conservation des prompts « tools that focus on translations and on checking grammar, spelling, or formatting of references (e.g. Grammarly, DeepL, QuillBot) ».
Deux réserves, toutes les deux dans la même phrase :
- L’exemption porte sur les prompts, pas sur la déclaration.« However, their use must still be documented », avec une note en bas de page ou en annexe du type « this text was checked using Grammarly for grammar and spelling corrections » ou « translation of this paragraph was assisted by DeepL ».
- Elle tombe quand la langue est l’objectif pédagogique : « except where the learning objective specifically concerns language acquisition or translation skills, such as in language courses ». Dans un cours de langue, l’enseignant est censé vous prévenir qu’ils ne sont pas autorisés.
Une dernière interdiction, plus rare et qui mérite d’être connue : « generative AI tools shall not be used to make up a fake reality (images, interviews, biographies, stories/cases, videos, etc.) – unless it is stated that what is presented is fake. » Fabriquer un entretien qui n’a pas eu lieu n’est plus une question de citation.
Ce que l’école analyse
Sur ce point la politique du campus de Londres est explicite sur le périmètre et volontairement muette sur le nom :
« The School uses a plagiarism/similarity detection platform with AI writing detection capabilities for all submitted work. Cases will be referred to the Academic Misconduct Panel, which can impose disciplinary sanctions. »
Deux choses à retenir. D’abord « for all submitted work » : à Londres, c’est systématique, pas sur soupçon. Ensuite, aucun produit n’est nommé nulle part dans les documents publics de l’ESCP. Vous trouverez sur le web des pages qui en nomment un ; nous n’avons trouvé aucune source primaire vivante qui le confirme, alors nous ne le reprenons pas.
Et un rappel qui vaut pour n’importe quel outil, y compris le nôtre : un score de détection est une probabilité assortie d’un taux d’erreur, pas une preuve. C’est bien pour cela que la procédure décrite ci-dessous existe, avec un examinateur qui doit apporter ses éléments et un étudiant qui peut répondre.
La procédure, à Londres
Rappel : ce qui suit vient de la Academic Misconduct Policy and Proceduredu campus de Londres, qui relève du régulateur britannique. C’est le seul document de procédure que l’ESCP publie, et il est instructif même si vous êtes sur un autre campus — mais ce n’est pas la règle française.
Les formes de fraude y sont listées, et l’IA y figure comme un chef à part entière : plagiat « including self-plagiarism », puis « unauthorised use of Artificial Intelligence tools », puis triche, collusion, fabrication de données, usurpation d’identité, corruption, absence d’approbation éthique, faux.
Trois éléments de procédure valent d’être connus :
- Un filtre avant l’accusation.Tout soupçon remonte au directeur académique, qui décide entre trois issues : aucune infraction, « poor academic practice », ou éléments suffisants pour une procédure formelle. La voie intermédiaire donne lieu à une lettre d’avertissement au dossier, et le travail est noté sur ses mérites — mais une deuxième fois bascule automatiquement en procédure formelle.
- Un délai.Le signalement doit intervenir « no later than ten working days after the submission of coursework ».
- Une charge sur l’examinateur.« It is the responsibility of the examiner raising the allegation to clearly set out the nature of their suspicion(s) and supply all the supporting evidence », et il doit s’assurer que l’étudiant avait reçu les conseils appropriés sur le référencement.
Le texte pose aussi une garantie que peu d’établissements écrivent : « no student will be recorded, or referred to, as having committed an academic misconduct until the full process has been completed and allegation proven. » Et un droit d’appel contre la décision du panel.
Une phrase, en revanche, mérite d’être lue attentivement : le panel agit contre l’étudiant qui enfreint le règlement « whether intentionally, unintentionally or through negligence », et la fraude « may be proven to have taken place even if the student has not gained an unfair advantage ». L’intention pèse sur la sanction, pas sur la qualification.
L’école a d’ailleurs écrit, spécifiquement pour les affaires d’IA, le standard de preuve qu’elle applique — ce qui est rare et vaut d’être connu :
« In cases of AI-related misconduct, the school differentiates between unintentional poor practice and deliberate academic misconduct. To assess whether a student acted negligently or with intent, the school applies the civil standard of proof i.e. the balance of probabilities in determining whether it is more likely than not that a violation occurred knowingly or due to a lack of due diligence. »
Deux choses en découlent. La distinction entre maladresse et fraude délibérée existe formellement, ce qui vous laisse un terrain à plaider. Et le standard retenu est celui du plus probable que l’improbable, pas la certitude : raison de plus pour arriver avec des éléments concrets — brouillons datés, prompts, historique — plutôt qu’avec une dénégation.
Les sanctions publiées
C’est ce qui distingue vraiment l’ESCP des autres grandes écoles : elle publie l’échelle. Les critères d’abord — gravité, intention, première infraction ou non, stade des études, circonstances atténuantes, proportionnalité. Puis la liste, présentée comme indicative :
- Un avertissement informel, puis un avertissement écrit au dossier.
- Une réduction de note sur une ou plusieurs épreuves, avec rattrapage.
- Un zéro sur une ou plusieurs épreuves, avec rattrapage.
- Un zéro sur un ou plusieurs modules, sans rattrapage.
- Un plafonnement de la note de rattrapage.
- La suspension de l’école pour une durée déterminée.
- L’exclusion définitive.
- Le retrait du diplôme.
Deux points que l’on sous-estime. La sanction « will be held on their student record for five years, or the maximum period of registration for the award, whichever is longer » : cinq ans au dossier. Et l’article 2.2 précise qu’une fraude prouvée aprèsl’évaluation peut entraîner le retrait des crédits, des notes, ou du diplôme déjà conféré. Une accusation peut être portée « at any point during the student’s period of registration, or after an award has been made ».
Le document qui prime et qu’on ne peut pas lire
Nous terminons par là parce que c’est l’information la plus honnête que nous puissions vous donner sur une grande école. Les guidelines sur l’IA se terminent ainsi :
« Students are reminded that the School’s Internal Rules remain fully applicable. In the event of any contradiction between this document and the Internal Rules, the latter shall prevail. »
Le règlement intérieur prime donc sur tout ce que vous venez de lire — et il n’est pas publié. C’est le schéma commun aux grandes écoles françaises : la relation est contractuelle et le texte qui l’organise se trouve derrière un identifiant étudiant, quand il est accessible. La politique de Londres le dit d’ailleurs sans détour : « by signing the Student Contract upon admission, students expressly agree to abide by all policies outlined within it ».
Ce n’est pas une raison de s’inquiéter, c’est une raison de demander. Si un point vous engage vraiment — ce qui arrive à votre scolarité et à vos frais en cas d’exclusion, par exemple, que personne ne publie —, demandez le règlement intérieur par écrit et gardez la réponse.
Avant de rendre
- Lisez le syllabus du cours concerné, pas la position générale. C’est là que se décide ce qui est autorisé.
- Conservez vos prompts au fur et à mesure. Ils ne se reconstituent pas après coup.
- Gardez le brouillon d’avant si vous avez fait retravailler un texte.
- Déclarez même Grammarly et DeepL— l’exemption porte sur les prompts, pas sur la mention.
- Vérifiez chaque référence dans une base réelle avant de la faire figurer dans votre bibliographie.
Si vous voulez une lecture préalable de votre propre texte, notre analyse IAest gratuite jusqu’à 1 500 mots, sans compte et sans nom. Avec la réserve que nous répétons partout : nos taux d’erreur publiés sont mesurés sur des corpus anglais et allemands, pas français, et aucun détecteur — le nôtre compris — ne constitue une preuve.
Sources
- ESCP Business School : Global Position on Generative AI in Education — juillet 2025, document de l’école.
- ESCP Business School : Guidelines of the use of GenAI — 2025, destinées aux étudiants ; reprises en annexe 3 de la politique ci-dessous.
- ESCP London Campus : Academic Misconduct Policy and Procedure — document du campus de Londres, sous régulation britannique.
Cette page est une orientation, pas un conseil juridique. Seuls votre syllabus et le règlement intérieur de l’école vous engagent.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser ChatGPT à l'ESCP ?
Oui, mais sous conditions et jamais par défaut. L'école autorise l'usage de ces outils dans la préparation d'un travail écrit, à condition que chaque usage soit explicitement déclaré et qu'il ait été approuvé par l'enseignant du cours — ou par le directeur de mémoire, dans le cadre défini par le directeur de programme. La règle applicable est celle du syllabus de votre cours.
Faut-il conserver ses prompts à l'ESCP ?
Oui, et c'est écrit noir sur blanc : « all prompts must be saved when using generative AI-tools ». Si vous avez fait retravailler un brouillon par un outil, ce brouillon doit également être conservé. L'école présente cela comme le moyen de prouver votre intégrité académique, et c'est effectivement à cela que ça sert.
Grammarly et DeepL comptent-ils comme de l'IA à l'ESCP ?
Ils sont dispensés de l'obligation de conserver les prompts, mais pas de l'obligation de déclarer. Le texte demande une note en bas de page ou en annexe, du type « this text was checked using Grammarly ». Et l'exemption tombe quand l'objectif pédagogique porte justement sur la langue ou la traduction : dans un cours de langue, l'enseignant peut les interdire.
Quelles sanctions à l'ESCP en cas de fraude ?
La politique du campus de Londres publie une liste indicative : de l'avertissement informel à la note de zéro sans possibilité de rattrapage, à la suspension, à l'exclusion définitive de l'école et jusqu'au retrait du diplôme. La sanction reste au dossier de l'étudiant pendant cinq ans, ou pour la durée maximale d'inscription au diplôme si elle est plus longue.
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