Plagiat et IA à Université Paris Cité : l'IAgraphie et les prompts
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La réponse courte
À Université Paris Cité, l’IA générative n’est pas autorisée par défaut, et tout usage se déclare dans une section « IAgraphie » avec conservation de l’historique des prompts. C’est le régime le plus détaillé que nous ayons lu dans une université publique française — au point d’imposer sa propre convention typographique de citation.
La règle par défaut : non
C’est la phrase la plus importante de toute la charte, et elle renverse l’intuition la plus répandue chez les étudiants :
« Sans indication sur le sujet, aucun matériel ou document n’est autorisé. L’utilisation de systèmes d’IA générative est donc interdite sauf indication contraire dans le texte de l’épreuve. »
Le silence n’est donc pas une permission. C’est le contraire. Si votre consigne ne dit rien, la réponse par défaut est non — et si vous pensez que l’outil vous serait utile, la démarche est de demander et de conserver la réponse, pas de supposer.
Le périmètre de la charte est large : elle vise « tous les autres travaux notés (devoirs, mémoires, rapports, exposés, exercices collectifs ou personnels etc.) ». Votre mémoire est explicitement dedans.
L’IAgraphie, et la barre oblique
Quand l’usage est autorisé, Paris Cité ne se contente pas de demander une mention : elle fixe un format.
« Si l’étudiant a recours à un système d’IA générative pour un travail, il est invité à ajouter une section “IAgraphie” à la bibliographie, organisée en fonction des activités pour lesquelles il a sollicité cet outil. […] Il lui est demandé d’indiquer l’outil sollicité, la version utilisée, le constructeur/possesseur. »
Trois informations, donc : l’outil, la version, l’éditeur — et un classement par activité, pas une mention globale en fin de document. Notez la version : c’est le détail qu’on oublie et qu’on ne retrouve plus six mois après.
Et pour les passages repris tels quels, la charte tranche une question de typographie que personne d’autre ne tranche :
« Toutefois, l’outil d’IA générative n’est pas un auteur : l’usage des guillemets apparaît dès lors peu approprié. En absence d’un consensus mondial, ou même national, sur les modes de citation, il est demandé d’utiliser la barre oblique en début et fin de citation. »
Le raisonnement se tient : les guillemets attribuent une parole à quelqu’un, et un modèle n’est pas un auteur. Cela reste une convention locale : elle vaut à Paris Cité et nulle part ailleurs. Pour le reste de la rédaction, notre guide de la déclaration d’utilisation de l’IA et notre page sur citer ChatGPT en bibliographie restent utiles, à condition d’adopter la convention de votre université quand elle en impose une.
L’historique des prompts
Une phrase, et elle change votre manière de travailler :
« L’historique des prompts est à conserver et peut être demandé. »
C’est une obligation. C’est surtout, encore une fois, une protection : le jour où quelqu’un s’interroge sur un passage, un historique daté est infiniment plus convaincant qu’une dénégation. Il ne se reconstitue pas après coup, donc la seule façon de l’avoir est de ne pas supprimer les conversations et de garder vos brouillons successifs. Nous détaillons la marche à suivre dans un détecteur a signalé mon mémoire.
Ce qu’il ne faut pas transmettre
La charte est aussi la plus explicite des trois grandes universités franciliennes sur la protection des données, et elle nomme les outils :
« Les systèmes d’IA générative non sécurisés sont les outils proposés au grand public comme ChatGPT, Gemini, Claude, Perplexity, DeepSeek, Copilot et autres […] Les données transmises à ces outils servent à répondre à d’autres utilisateurs et sont également accessibles au gouvernement des États-Unis via le USA Patriot Act. »
D’où l’instruction : « il est essentiel de ne pas transmettre à un système d’IA générative non sécurisé par UPCité des données sensibles, personnelles, confidentielles », et le rappel que « ce n’est pas le système d’IA générative qui veille au respect de la protection des données personnelles […] C’est bien l’utilisateur qui assume cette responsabilité ».
Si votre mémoire contient des entretiens, la conséquence est directe : anonymisez avant que le texte quitte votre ordinateur, pas après.
Un droit qui vous est reconnu, et qu’il vaut la peine de connaître : « aucun enseignant, enseignant-chercheur ne doit demander à un étudiant d’utiliser un système d’IA générative impliquant la création d’un compte personnel. » Personne ne peut vous imposer d’ouvrir un compte à titre privé pour un cours.
Une réserve de méthode, que nous préférons écrire : cette charte porte une date de référence interne de mars 2026 et un fichier daté de juin 2026, mais ni le conseil qui l’a adoptée ni la date du vote ne sont indiqués. Le texte dit seulement être conforme aux recommandations du comité d’éthique de l’université. Elle est publiée par l’université et diffusée par ses composantes ; son rang exact, lui, n’est pas public. À noter aussi qu’une charte de composante existe pour l’UFR SHS, mais que le fichier publié est encore un projet : elle ne vaut que là, et pas encore définitivement.
Compilatio, et qui y a accès
Le logiciel est nommé par la bibliothèque de l’université : « “Compilatio” est un logiciel d’aide à la détection du plagiat. À partir d’une veille sur Internet et de l’analyse des ressources numériques de l’Université, il est capable de retrouver toutes les sources similaires disponibles. » Le dépôt y est décrit comme fait par les enseignants-chercheurs.
Trois précisions honnêtes. Aucun accès étudiant en libre-service n’est documenté — vous ne pouvez pas y passer votre mémoire vous-même. Rien ne dit que la vérification est systématique, ni quels travaux sont concernés : la documentation décrit une démarche d’enseignant. Et ni Turnitin ni Ouriginal ne sont nomméspar une source de l’université ; si vous lisez le contraire ailleurs, ce n’est pas sourcé.
Sur ce que mesure réellement un pourcentage de similitude — et sur le fait qu’un taux élevé est souvent une bibliographie correctement citée —, voir notre page sur le taux de plagiat accepté.
La charte anti-plagiat parle encore de Paris Diderot
Il faut le signaler, parce que c’est le document que renvoie le moteur de recherche quand on cherche « plagiat Paris Cité ». La Charte anti-plagiatpubliée sur le site de l’université s’ouvre par « L’université Paris Diderot garante de la haute qualité de ses diplômes… »
Or Paris Diderot a cessé d’exister comme telle en 2019, lors de la création d’Université Paris Cité. Le texte ne porte ni date d’adoption ni instance. C’est un document hérité, toujours en ligne : à lire comme tel, et non comme la réglementation à jour.
Ce qu’il contient reste néanmoins cohérent avec le droit commun : l’université « s’engage à rechercher les tentatives de plagiat par l’utilisation d’un logiciel dédié à sa détection » — sans le nommer —, les auteurs présumés « seront traduits devant la section usagers », et « commettre un plagiat afin d’obtenir un diplôme ou un grade universitaire […] sont des circonstances aggravantes ». En revanche, et c’est logique vu son âge : l’intelligence artificielle n’y figure nulle part. C’est la charte IA, plus récente, qui traite ce sujet.
Les sanctions, et un chiffre rare
Elles ne sont pas fixées par l’université. L’article R811-13-1du Code de l’éducation en fixe sept, identiques dans tous les établissements publics : avertissement, blâme, mesure de responsabilisation, exclusion de l’établissement jusqu’à cinq ans (avec sursis possible si elle n’excède pas deux ans), exclusion définitive de l’établissement, exclusion de tout établissement public d’enseignement supérieur jusqu’à cinq ans, exclusion définitive de tout établissement public.
Une précision de référence : jusqu’au 31 janvier 2026, ces sanctions figuraient à l’article R811-36, qui a été transféré. Les très nombreuses pages citant encore R811-36 renvoient à un article déplacé.
Les quatre sanctions les plus lourdes emportent en outre « l’interdiction de prendre toute inscription dans le ou les établissements publics dispensant des formations post-baccalauréat […] ainsi que de subir tout examen conduisant à un diplôme national ». L’avertissement et le blâme, eux, n’emportent aucune interdiction de ce type — et sont effacés du dossier au bout de trois ans si rien d’autre n’intervient.
Enfin, une donnée que nous n’avons trouvée nulle part ailleurs dans cette série. L’UFR Sciences du vivant publie un chiffre : « depuis 2015, 10 étudiants issus des formations de l’UFR ont été jugés et condamnés par la Section Disciplinaire Usagers ». Dix étudiants en une décennie, dans une composante. Les faits poursuivis incluent la fraude aux examens, « le plagiat et/ou l’absence de production d’un travail personnel » et la falsification de documents. Aucun cas d’IA n’y est mentionné. Nous donnons ce chiffre pour ce qu’il est : une composante, une période, et rien qui permette d’en tirer un taux général.
Avant de rendre
- Partez du principe que c’est non tant que la consigne ne dit pas oui.
- Préparez votre IAgraphie au fil de l’eau : outil, version, éditeur, et l’activité concernée.
- Ne supprimez pas vos conversations.L’historique peut être demandé.
- Anonymisez avant de coller quoi que ce soit dans un outil grand public.
- Utilisez la barre obliquepour les passages repris tels quels — c’est la convention locale.
Si vous voulez une lecture préalable de votre propre texte, notre analyse IAest gratuite jusqu’à 1 500 mots, sans compte et sans nom. Nos taux d’erreur publiés sont mesurés sur des corpus anglais et allemands, pas français, et aucun détecteur — le nôtre compris — ne constitue une preuve.
Sources
- Université Paris Cité : Charte d’usage des systèmes d’intelligence artificielle générative — version du 16/06/2026 ; instance d’adoption non indiquée.
- Université Paris Cité : Charte anti-plagiat — document hérité, sans date, mentionnant encore Paris Diderot.
- Bibliothèques de l’Université Paris Cité : Le plagiat — mise à jour du 17 juin 2026 ; nomme Compilatio.
- UFR Sciences du vivant : Sanctions disciplinaires.
- Légifrance : Article R811-13-1 du Code de l’éducation — en vigueur depuis le 31/01/2026 (anciennement R811-36).
Cette page est une orientation, pas un conseil juridique. Seuls le règlement des études de votre composante et la charte de votre université vous engagent.
Questions fréquentes
Peut-on utiliser ChatGPT à Université Paris Cité ?
Pas par défaut. La charte d'usage des systèmes d'IA générative pose la règle inverse de ce que beaucoup supposent : « sans indication sur le sujet, aucun matériel ou document n'est autorisé. L'utilisation de systèmes d'IA générative est donc interdite sauf indication contraire dans le texte de l'épreuve. » Il faut donc une autorisation explicite, et non l'absence d'interdiction.
Qu'est-ce qu'une IAgraphie ?
C'est le format de déclaration propre à Paris Cité. L'étudiant qui a recours à un système d'IA générative est invité à ajouter une section « IAgraphie » à sa bibliographie, organisée selon les activités pour lesquelles l'outil a été sollicité, en indiquant l'outil, la version utilisée et le constructeur ou possesseur.
Faut-il garder ses prompts à Paris Cité ?
Oui. La charte est explicite : « l'historique des prompts est à conserver et peut être demandé ». C'est une obligation, mais c'est aussi votre protection : c'est la seule chose qui documente comment vous avez travaillé si un doute survient.
Que risque-t-on à ne pas déclarer un usage d'IA ?
La charte le qualifie sans détour : « l'utilisation de systèmes d'IA générative non déclarée constitue une fraude passible du conseil de discipline ». Les sanctions applicables sont celles de l'article R811-13-1 du Code de l'éducation, communes à tous les établissements publics, de l'avertissement à l'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur.
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